Pas toujours à deux
Dieter · 11 novembre 2023 · principes · ia
Il y a quelques années, j’ai passé des journées entières dans le même appel avec un collègue. Un seul écran partagé, deux paires d’yeux, un curseur qui changeait de clavier toutes les quelques minutes. Du pair programming, comme on était censé le faire à l’époque.
En théorie, le meilleur des deux mondes. En pratique : vidé le soir, agité la nuit, et le sentiment que je devenais meilleur à garder le focus à côté de quelqu’un qu’à vraiment réfléchir.
Le pairing a sa place
Faire atterrir un nouveau collègue. Un coin de code que personne d’autre ne connaît encore. Un nœud qui se dénoue réellement plus vite à deux têtes. C’est là que le pairing fonctionne. Quelques heures par semaine, avec un objectif concret.
Ce que j’ai vécu était autre chose. Le pairing par défaut. Huit heures par jour, cinq jours par semaine, deux personnes sur un seul clavier. Pas de place pour essayer quelque chose qu’on décrirait plus tard comme “quel détour, mais maintenant je comprends”. Pas de silence pour laisser une idée mûrir. Constamment en train de parler du code qui doit encore être écrit.
Pairer en continu donne l’impression d’être productif. Jusqu’à ce qu’on remarque qu’on n’est plus personne sans quelqu’un à côté.
Le coût silencieux
On ne le sent pas tout de suite. Le travail avance, le collègue est la plupart du temps agréable, et dire que le pairing épuise sonne comme un aveu de faiblesse. Alors on se tait. Et on continue.
Jusqu’au mercredi soir où on n’arrive plus à reprendre ce qu’on voulait faire le vendredi. Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on ne formule plus d’opinion sans d’abord regarder comment l’autre réagit. Jusqu’à ce que les livraisons aboutissent, mais qu’on ne sache plus si la réflexion venait de soi, ou de la paire.
C’est là que la créativité ralentit. Et concevoir quelque chose soi-même — vraiment soi-même — devient un muscle qu’on n’utilise plus.
Un navigateur qui ne s’épuise pas
Ce qui m’a finalement sorti de ce schéma, c’est d’avoir pu choisir un travail où le pairing n’était plus un réflexe. Pas une posture anti-pairing — simplement : pairer là où ça apporte quelque chose, et le reste du temps, réfléchir.
Ce qui m’a surpris ensuite : une grande partie de ce qu’apporte un binôme permanent, on l’obtient aujourd’hui d’un bon modèle. Une deuxième paire d’yeux sur une fonction. Une explication rapide d’un framework qu’on ne voit pas tous les jours. Un raisonnement écrit, pour vérifier s’il tient la route. Pas pour remplacer les gens — pour occuper le siège du navigateur quand aucun humain n’est nécessaire.
Ce n’est pas une alternative à un collègue expérimenté au bon moment. C’est une sortie du “on fait toujours tout ensemble”.
Ce que ça change pour les clients
Pas de travail qui coûte plus cher parce que deux têtes doivent être payées pour un seul clavier. Pas d’équipe qui s’épuise parce que le mode de travail l’exige. Pairer là où ça fait vraiment la différence — onboarding, un morceau de code délicat, une décision qui ne se tranchera pas avec une seule paire d’yeux — et le reste du temps, des personnes qui font chacune ce dans quoi elles sont les plus tranchantes, avec un navigateur IA à portée de main.
L’IA comme accélération, pas comme étiquette. Des humains là où ça compte, des modèles là où c’est plus efficace.